32.9 C
Dzaoudzi
mardi 16 avril 2024
Accueilorange"L’état de santé de la population mahoraise ne cesse de se dégrader...

“L’état de santé de la population mahoraise ne cesse de se dégrader dans l’indifférence la plus totale”, déplorent des soignants

Il a fallu l'enjeu des élections départementales pour faire sortir du bois les professionnels de santé, inquiets du contexte sanitaire de Mayotte. Une quarantaine d'entre eux dénonce le déficit de prise en charge des autres maladies que le Covid, et la fuite des spécialistes.

Finalement, il est un sujet sur lequel les signataires d’une tribune adressée aux élus rejoignent les grévistes de l’ARS de Mayotte: l’écart entre les annonces du Plan régional de Santé 2 et la pratique, “l’état de santé  de la population mahoraise ne cesse de se dégrader dans l’indifférence la plus totale”, dénoncent-ils dans une tribune adressée aux candidats aux départementales.

Il plus courant d’entendre ces médecins, infirmiers, infirmières, psychiatres, chirurgiens, etc. se plaindrent dans le huis clos de leur cabinet ou de leur salle de soin, que de se répandre sur la place publique. Ils soulignent le décalage entre les mesures dédiées à la prise en charge du Covid et celles qui sont appliquées pour les autres maladies:  “A ce jour et depuis le début de la crise, 173 décès liés au virus Sars-CoV-f2 sont à déplorer. En revanche, nous n’avons aucune idée de l’état de santé global des Mahorais. Au cours de cette même période, combien sont morts des complications du diabète ? Combien ont été  durement touchés par les AVC, les infarctus, les cancers, la dengue et autres maladies infectieuses ? Nous n’en savons rien. Les chiffres n’existent pas, n’existent plus.” Or, sans bon état des lieux, aucun remède n’est efficace.

La liste des 41 signataires

Sur le plan des compétences, ils révèlent une situation qui se complique : “Au Centre hospitalier de Mayotte, les médecins et infirmiers partent progressivement pour ne plus revenir. Pas ou plus de cardiologue, d’ophtalmologue, d’ORL, de gastro-entérologue, d’endocrinologue, de psychiatre… La maternité est en train de craquer, les sages-femmes nous l’ont signifié  avec force dernièrement. Les perturbations régulières du service de radiologie et du laboratoire retardent les examens complémentaires. Les services d’hospitalisation sont saturés par manque chronique de lits et de personnel. La Réanimation a encore tiré la sonnette d’alarme récemment à ce sujet. Et toujours aucun service d’interprétariat digne de ce nom pour accompagner les patients et leurs familles dans les soins, les annonces diagnostiques et les décès.”

CHM, chambre régionale des comptes, Mayotte
“Au Centre hospitalier de Mayotte, les médecins et infirmiers partent progressivement”

Des motifs impérieusement aggravants

Le secteur libéral et associatif est lui aussi touché: “Faute d’équipes complètes, les PMI ne sont plus en capacité de réaliser leurs missions de suivi de grossesse et d’éducation à la santé auprès des mères, de nombreux enfants n’ont pas leur calendrier vaccinal à jour, et les pathologies infantiles restent légion, comme en témoignent la récente épidémie de bronchiolite et les maladies du péril fécal toujours très présentes.”

Alors que tous les soins ne sont pas proposés sur le territoire, les prises en charge extérieures ont été ralenties voire empêchées par l’application des motifs impérieux, doublée par la vaccination anti-Covid, “des mesures profondément discriminatoires imposées à la population de Mayotte”.

Quant à la santé mentale, qui devrait recevoir une attention particulière au regard de certains comportement de violence, elle est laissée à l’abandon, rapportent les soignants, notamment marquée par “la fermeture du Centre Médico-psychologique”. “Quid de l’état psychologique de nos adolescents, après une année scolaire blanche où  leur détresse s’est manifestée par le décrochage, la dépression, l’anxiété, les tentatives de suicide ?”

La Réserve sanitaire comme 4ème roue d’un carrosse fatigué

Un recours trop systématique à la Réserve sanitaire, dénoncent les soignants

Bien que la crise Covid justifie les recours plus réguliers à la Réserve sanitaire, c’est aussi un signe, celui de “la défaillance du système de santé à Mayotte”.

Nous avions souligné l’importance de la mise en place de la Santé communautaire, qu’avait initié l’institut Renaudot à Mayotte, “où s’est-elle volatilisée?”, interrogent-ils, évoquant aussi la démocratie sanitaire. Cette santé communautaire qui implique que la population devient actrice et prend en charge son état sanitaire, a été timidement mise en place dans le cadre du Covid, mais elle doit interroger l’ensemble des problématiques, notamment celle du diabète.

On pourrait rajouter un point lié aux précédents, l’absence de campagne de planification familiale, et ce n’est pas faute de prise de parole de plusieurs acteurs locaux d’avoir rappelé que le “1, 2, 3, bass” (Pas plus de 3 enfants), avait jadis fonctionné.

La quarantaine de soignants qui signent cet appel aux élus soulignent l’importance de prendre à bras le corps ce qui devrait être “sur le devant de la scène publique lors des campagnes électorales”: “Êtes vous à ce point désintéressés du bien-être de la population que vous aspirer à représenter ?”

Si l’ARS n’est jamais citée, c’est elle qui détient la compétence de gestion de la politique de santé. “Si nous ne réagissons pas rapidement, notre île court à la catastrophe sanitaire réelle”, concluent-ils. Etant donné le contexte tel qu’ils le décrivent, on se demande si la prise de parole n’est pas déjà trop tardive.

Consulter la Lettre ouverte aux candidates et candidats des Cantonales 2021

A.P-L.

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

AVIS DE CONSTITUTION AUTO SHOP 976

139522
  Par acte SSP du 14/09/2022, il a été constitué une SAS dénommée : AUTO SHOP 976 Siège social : 25 Rue Bahoni 97615 Pamandzi Capital :...
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Campagne, politique, Mayotte

Tribune – De l’art du discours à la formule

139522
Qui pour relever les défis de nos grands orateurs du passé ? Peu de noms émergent de la tribune de Madi Abdou N'tro, voire aucun, sur les dernières campagnes, laissant sans doute "un sentiment d'imposture" chez les électeurs

Départementales Sada : remaniements en vue au conseil départemental

139522
L’issue du scrutin a parlé : c’est donc le binôme Soula Saïd Souffou/Mariam Saïd Kalame qui intègre les bancs de l’assemblée départementale. Ce qui implique des réélections au menu du conseil départemental les jours prochains. Avec l’éventualité d’une refonte complète des vice-présidences, comme nous l’expliquons

Départementales partielles : Soula S. Souffou et Mariame S. Kalame élus avec 52,26% des voix

139522
Ils étaient en tête au premier tour, et ont creusé l’écart à l’issue du second : le binôme surprise Souffou/Kalame qui n’était pas présent sous cette configuration en 2021, est le nouveau duo d’élus qui intègre le conseil départemental.
Comores, Azali Assoumani

Comores : un ténor de l’opposition appelle à une désescalade politique

139522
L’ancien gouverneur de la Grande-Comores, Mouigni Baraka Said, estime qu’il est temps de dialoguer avec le président Azali Assoumani dans l’intérêt du pays et de la population. L’homme politique se reconnait toujours dans l’opposition mais s’oppose toutefois à "ces querelles sans fin et sans véritable perspectives de sortie de crise". Une démarche mal digérée par les autres opposants qui refusent tout dialogue avec le président Azali Assoumani depuis son élection le 24 mars 2019.
Départementale, Sada, Mayotte

Départementales partielles à Sada : Saïd Souffou-Mariam Kalame en tête

139522
Le 1er tour de l'élection partielle des conseillers départementaux du canton de Sada se tenait ce dimanche 25 septembre. Le canton est toujours scruté de prés pour être l'un des épicentres politiques locaux. Les élections...