26.9 C
Dzaoudzi
mardi 9 août 2022
AccueilorangeAvec le Grand Débat, la politique s’invite à la prison de Majicavo

Avec le Grand Débat, la politique s’invite à la prison de Majicavo

« Mayotte n’est pas prête ! » Devant les détenus du Centre de détention de Majicavo, la députée Ramlati Ali s’est livrée à un langage de vérité sur le séjour d’exception. Et annonçait un possible duplicata de l'opération Harpie de sécurisation des frontières. Il s’agissait pour l’élue LREM d’y faire vivre le Grand débat national conformément aux directives présidentielles.

La semaine dernière, plus d’une centaine de débats étaient prévue en milieu carcéral en France. Mayotte n’y a pas fait exception, et c’est la députée Ramlati Ali qui l’a animé, « un lieu que je connais bien, pour avoir élaboré le projet médical de l’unité de soin », glisse le médecin devant la petite porte du centre de détention. Ce vendredi, il s’agissait de « donner la parole aux incarcérés au même titre que les autres citoyens. »

Avec quelques médias, elle entre donc dans l’une des prisons les plus modernes de France. Inaugurée en 2014, le centre de détention affichait un gigantisme par rapport au précédent, qui fut vite comblé, « nous comptons 310 détenus, dont 20 mineurs et 2 femmes », relate Jean-Luc Golob, Directeur adjoint du Centre pénitentiaire. Si la capacité est de 278 personnes, il explique que la surpopulation affecte la maison d’arrêt, « comme dans toutes les prisons », mais pas le centre de détention, « soumis à des quottas ».

Après plusieurs sas séparant des couloirs lumineux, nous arrivons dans la salle en même temps qu’une vingtaine de détenus. Que des hommes, en cette journée de défense des droits des femmes, ce qui vaudra à Ramlati Ali de recevoir un bouquet de fleurs. Ils ont été choisis en fonction de leur volonté de porter une parole, et leur capacité à comprendre le français. Les débats se feront malgré tout principalement en shimaoré.

Des familles plongées dans les difficultés

Des questions de détenues, essentiellement tournées vers une demande de diversification des offres lors de leur réinsertion

Ramlati Ali rappelait les 4 thème du Grand débat : la transition écologique, la Fiscalité Démocratie et citoyenneté, et Organisation de l’Etat et des services publics. D’emblée le débat prenait un ton culturel, avec la première question d’un détenu qui déplorait que la culture locale bien que riche, soit « peu valorisée » en France. On apprendra plus tard qu’il fréquente assidument la bibliothèque. L’insuffisance d’infrastructures sportives, ou de prise en compte des projets, était ensuite au programme, dans l’optique de la réinsertion. « Nous manquons d’infrastructures, nous avons un manque d’ingénierie à tous les niveaux, il faut que Mayotte se réveille », avouait Ramlati Ali sans pouvoir apporter de véritables pistes de réponse.

Plusieurs d’entre eux déploraient que, « contrairement à ce qui se fait en métropole », leurs familles ne soient pas aidées : « J’avais une vie normale, et parce que j’ai fait une erreur, tous les miens se retrouvent en grande difficulté financière ». Après avoir salué « toutes les mamans qui nous regardent sur Mayotte la 1ère », un autre demandait à être étroitement accompagné à sa sortie, « sinon, je vais recommencer à faire des bêtises. »

Mayotte dans l’espace Schengen, une chimère ?

Une réponse franche de Ramlati Ali sur les titres de séjour d’exception

Celui qui avait posé la première question, réitérait : « Je pose la question pour un de mes collègues. Il est comorien et voudrait savoir si Mayotte peut intégrer l’espace Schengen, avec une libre circulation des personnes. »

Une tribune proposée à Ramlati Ali qui lâchait sa parole avec passion, comme jamais auparavant : « Pour commencer par l’amendement Kamardine qui voulait casser le titre de séjour d’exception, il n’était pas possible de l’intégrer au mien sur le délai d’intervention du Juge des libertés et de la détention, car du Sénat, il serait revenu à l’Assemblée nationale, dans une navette parlementaire qui allait bien au delà de la date du 1er mars d’entrée en vigueur de la loi. Mais surtout je veux le dire haut et fort, Mayotte n’est pas prête à cette ouverture sur la métropole ! Si on donne le signal de la fin de la carte de séjour d’exception, ce ne sont plus seulement les comoriens ou les malgaches qui vont venir à Mayotte, mais tous les Africains qui passent actuellement par la Lybie. Avons-nous cette capacité d’accueil ? Non ! »

Un vingtaine de détenus étaient venus à la rencontre de la députée

L’élue ne condamne pour autant pas la mesure d’ouverture vers l’extérieur pour les étrangers, et l’encourage même, sous certaines conditions : « Il faut contrôler nos côtes. J’ai demandé au président de la République pourquoi les militaires présents à Mayotte, notamment la Légion, ne seraient pas affectés à cette tâche. Il m’a répondu qu’on pourrait mettre en place l’équivalent du plan Harpie de Guyane, avec la présence de militaires de la marine nationale en sécurisation de l’accès aux côtes. Ce n’est qu’après avoir consolidé cela, que la possibilité d’ouvrir le séjour vers la métropole pourra être faite. »

D’autres thèmes étaient abordés, comme l’accès aux logements sociaux, tournés pour l’essentiel vers les possibilités de s’en sortir, « après ». Avec une problématique à combattre en priorité tant que ces hommes et femmes sont incarcérés : l’illettrisme, qui peut être un facteur aggravant de récidive.

Anne Perzo-Lafond

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

10 Commentaires

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

SMAE, Vinci, Mayotte

Coupure d’eau à Dzaoudzi ce mercredi 10 août de 9 h...

139533
Le syndicat des eaux, dans un communiqué, informe les usagers de la commune de Dzaoudzi qu'il est "dans l'obligation de couper la distribution d'eau...
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours

Visite ministérielle : de grands enjeux en perspective

139533
Dans le cadre de la visite du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin, et du ministre délégué aux Outre-mer, Jean-François Carenco, prévue la semaine du 22 août prochain, les séances de travail se sont multipliées à Paris la semaine dernière. Ainsi, le 5 août, le président du Conseil départemental, Ben Issa Ousseni a été reçu par Jean-François Carenco. La veille, la parlementaire Estelle Youssouffa s’était entretenue avec Gérald Darmanin.

Mlezi Maore : le directeur général quitte ses fonctions pour devenir sous-préfet de Barcelonnette

139533
Suite à sa nomination, par décret du Président de la République en date du 29 juillet dernier, au poste de sous-préfet de Barcelonnette dans le département des Alpes de Haute-Provence, Dahalani M’Houmadi quitte ses...

Jumelage Mayotte-Comores : “trahison”, ou réaffirmation diplomatique d’une Mayotte française?

139533
Ce lundi 1er août, le Collectif des Citoyens de Mayotte scellait symboliquement les portes de la mairie de Mamoudzou pour protester contre le jumelage prévu entre le chef-lieu et les villes de Tsidjé (Grand-Comores) et Mutsamudu (Anjouan). Une initiative qui divise : là où le Collectif évoque une "trahison", le premier édile de Mamoudzou y voit une réaffirmation officielle de l'identité française de l'île au lagon.

Koungou : un comité de sécurité créé pour faire face à la délinquance

139533
Jeudi dernier, la ville de Koungou communiquait sur les réseaux sociaux à propos de la constitution d’un comité de sécurité. Son objectif ? Mutualiser les moyens des comités déjà existants pour mieux mailler les quartiers et améliorer la collecte d’information en cas de troubles. Malgré les actes de médiation, les événements de ces derniers temps font naître un ras-le-bol perceptible.

Les outre-mer dans la Constitution : « changer de paradigme ultramarin est une nécessité...

139533
Pour nourrir le débat sur la place des outre-mer dans la Constitution, la délégation sénatoriale aux outre-mer a organisé en juin dernier une réunion conjointe avec l’Association des juristes en droit des outre-mer. L’objectif, esquisser des pistes de réflexion pour refonder les articles 73 et 74 de la Constitution au regard des réalités des territoires ultra-marins.
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com